révélation de l'année ; saluée aux victoires de la musique 2005.
JEANNE CHERHAL
"12 fois par an", son premier album studio est disponible. Jeanne est en tournée en France jusque mai 2005.
Ses chansonnettes euphorisantes et son tempérament en ébullition font de Jeanne Cherhal une fille canon. Entendez par là qu'elle fait parler la poudre, et pas la poudre aux yeux. Cette jeune suffragette de 27 ans, qui aura passé ce premier quart de siècle au bon air de la campagne nantaise avant de s'installer à Paris, qui se rêvait danseuse classique et s'épanouit en chanteuse inclassable, n'est pas tout à fait une inconnue. Sur ses agendas des deux dernières années, chaque jour ou presque comporte le nom d'une ville ou d'un patelin qu'elle a écumés, seule avec son piano, et tous ceux qui l'ont déjà croisée (notamment en première partie de Moustaki, Higelin ou Fersen, ou en double affiche avec Vincent Delerm) savent à quoi s'en tenir. De ce marathon, souvent remémoré par les témoins comme l'un des rares passages d'une tornade (avec des nattes, qui plus est) dans la quiétude veloutée des régions françaises, il reste un premier album live dont l'insatisfaite préfère escamoter le souvenir. Le vrai départ a donc lieu aujourd'hui, avec cette collection de douze chansons inaugurales en studio où elle pose enfin son style, prend le temps de délier tous les ressorts parfois sacrément tordus de son imagination fertile. Une rencontre - Tôt ou tardivement arrangée - avec le virtuose et créatif Vincent Segal aura permis de décanter une situation qui menaçait d'exploser pour cause de pressions et compressions excessives. Livrée auparavant à elle-même, Jeanne cherchait à tout prix à combler tout l'espace : son piano, elle en jouait à grand galop, dévalant les touches quatre à quatre, tandis qu'elle chantait à pleine gorge, menaçant de trébucher à chaque mesure, emplafonnant les refrains dans les couplets, les couplets dans les ponts, les ponts déchaussés. Elle attendait, faute d'autre chose, un ingénieur qui redimensionne tout ce bazar, elle a trouvé beaucoup mieux : un ingénieux du son, un régulateur d'atmosphère, un aiguilleur d'essentiel. Comme Jeanne, Vincent Segal est membre actif de l'amicale des instruments encombrants. Son violoncelle, il l'a trimballé partout comme une ombre (chez M, notamment) avant de l'exposer à la lumière, en qualité de moitié « cello » du duo Bumcello, ou sur un remarquable album solo ludique et érudit (T-Bone Guarnerius). Jeanne, elle, parle de son premier piano comme d'un meuble, déménagé de chez un cousin qui cherchait à faire de la place. Un meuble, difficile à transporter mais pratique pour y ranger ses premiers secrets, fantasmes, petits mensonges et grandes vérités et voir si à la longue, tout ça ne finirait pas par faire des chansons.
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